Se donner au curé PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 27 Mars 2017 00:00

 

Mignault1À l’époque où les caisses de retraite n’existaient pas, il était commun pour un cultivateur de faire don de ses biens à l’un de ses enfants en échange de biens et services assurés jusqu’à la fin de ses jours. Les conditions de cette donation sont généralement détaillées dans un acte notarié afin de se protéger advenant toute cession ultérieure du bien ainsi transmis. Mais qu’advient-il lorsqu’on n’a pas d’enfant ou lorsqu’aucun d’eux ne souhaite ou ne peut reprendre l’exploitation agricole?

 

C’est le cas de Marie Cécile Vandandaigue dite Gadbois, veuve de Joseph Courtemanche. Le 5 novembre 1842, devant le notaire Paul Bertrand, « considérant son grand âge qui la met dans l’impuissance de faire valoir le peu de biens qu’il a plu à Dieu lui répartir en ce monde et désirant en conséquence vivre en repos et tranquille le reste de ses jours », elle fait don de ses biens à Pierre Marie Mignault, curé de Saint-Joseph de Chambly. Parmi ces biens se trouve une terre de deux arpents de front et demi sur trente arpents de profondeur dans la concession des Trente (1), ainsi qu’une terre à bois dans la seigneurie de Montarville. Joint à la donation, un ensemble de biens dont la donatrice conserve l’usufruit : un poêle de fer simple et son tuyau et bavette, une armoire à panneaux, une huche, un chaudron à soupe, etc. La donatrice se réserve la moitié sud de la maison érigée sur la terre donnée, qui est divisée par une cloison, ainsi que la moitié du grenier et de la cave. « Elle se réserve le droit de cuire le pain au four, d’accéder à la laiterie et au puits », etc.

 

À titre de pension, elle exige un ensemble de biens à être livrés annuellement : « un minot de pois cuisant, une livre de poivre, 25 pommes de choux, 4 livres de fromage, 175 livres de bon et beau lard, 25 livres de bon bœuf, etc. Et aussi : deux mouchoirs de poche communs, deux mouchoirs de cou, dont un tous les deux ans et l’autre tous les ans pour les jours ouvriers, 3 coiffes de bazin garnies, une jupe de petite étoffe propre pour les dimanches, un mantelet d’étoffe de laine croisée teinte en noir et foulée, deux paires de bas teintes en noir, autant de souliers de bœuf que besoin sera. Le donataire sera également tenu de boulanger et cuire le pain de la donatrice lorsqu’elle ne pourra plus le faire elle-même, de faire laver ses linges et hardes au besoin, fournissant le savon », etc.

 

Voici bien des obligations pour notre bon curé! Ce dernier va-t-il se départir au plus tôt de ces exigeantes obligations? Il semble que non. En 1845, il acquiert la terre voisine de celle obtenue par donation. Quant à Cécile Vandandaigue dite Gadbois, elle décède en mai 1848 à l’âge de 90 ans, libérant de ce fait le curé Mignault des termes de la donation. Celui-ci vendra la terre donnée, combinée à la terre voisine, à Louis Olivier Lanthier le 3 avril 1850 (notaire Charles Augustin Brault, minute 4676).


Le curé Mignault a donc fait exploiter cette terre pendant  plus de sept ans.  


Mais par qui ?

 

Richard Pelletier, Société d’histoire de Saint-Basile-le-Grand


 

(1) Cette terre longe le côté est de l’actuelle rue Longueuil à Saint-Basile-le-Grand. Elle s’étend de la rue Principale à l’ancien rang des Trente, soit à mi-chemin entre la rue Principale et la rivière Richelieu.

 

 

 

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