L’enfant illégitime et le patrimoine familial PDF Imprimer Envoyer
Dimanche, 02 Avril 2017 00:00


breardÀ Saint-Joseph-de-Chambly, le 27 janvier 1800, Benjamin Gaudreau, menuisier, fils de Joseph et de Scholastique Proulx, épousait Marguerite Bréard, fille de feu Joseph Bréard  et de Marguerite Racine, «après la publication de trois bans de mariage à trois messes paroissiales» suivant l’usage. Rien de particulier ici.


Mais le registre paroissial ajoute: «Nous avons reçu l’aveu et déclaration authentique qu’une petite fille qu’ils nous ont présentée leur appartient pour être née avant le mariage de leur commerce illégal, et qu’ils la reconnaissent pour leur enfant, et lui donnent part à tous les droits de leurs enfants à naître du présent mariage. La petite fille se nomme Marguerite et a été baptisée en cette paroisse le 2 mars 1799, comme on peut le voir dans le registre de la même année, et le tout en présence de... (témoins nommés)».
 
Il ne s’agit pas dans cet article d’étaler des faits pour voyeuristes. Mais qu’est-ce que ça signifie?

 

Sous l’ancien régime, tout enfant né du «légitime mariage» de ses parents acquiert le droit à une part de l’héritage patrimonial de la communauté familiale. Garçon, fille, handicapé, infirme... chacun sa part. Mais l’enfant illégitime, lui, n’a droit à aucun legs. Il est comme non existant légalement. Pire, il sera l’objet de rejet.


Ainsi la présente réhabilitation maritale accorde une vie légale à cette fille, qui pourra désormais porter le nom de Marguerite Gaudreau. C’est dire toute l’importance du mariage en règle autrefois, qui non seulement efface le déshonneur, intègre les enfants dans la communauté conjugale, mais qui les enracine dans le patrimoine familial.

 

Un tel exemple de légitimation n’est pas unique dans nos annales. Au mariage de Michel Sorel (Soret) et de Véronique Lacoste, le 11 mai 1763, et celui de François Lebeau et Françoise Comeau, le 6 juin 1768, le célébrant écrit: «Les enfants parvenus de leur alliance charnelle sont reconnus par eux et vraiment aptes à posséder tout héritage provenant de leur père et mère».

 

C’est le mariage religieux qui octroyait l’existence et les droits civils aux enfants à naître. Le contrat de mariage devant le notaire n’était qu’une promesse de mariage, malgré les prescriptions de dots, de douaires ou de mise en commun qu’il prescrivait.
 
Quant à la nouvelle mariée, Marguerite Bréard dit Laroche, elle était orpheline de père. De plus sa mère, la veuve Marguerite Racine, venait de convoler en secondes noces avec François Hains, cinq ans auparavant, soit le 7 juin 1785. Les grands parents (Hains et Racine) n’ont pas été étrangers à cette réhabilitation de l’enfant.
 
L’heureuse Marguerite Gaudreau épousera Pierre Massé à Chambly le 27 juillet 1819.
 
Paul-Henri Hudon

 

 

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